J'ai sous les yeux les évangiles,

Ces textes sacrés immobiles

Rendent compte de mon état

Et me conduisent au Golgotha.

J'ai voulu fuir ces écritures

Incompatibles avec ma nature.

       Vois ! O Seigneur ! Ce corps de mort.

       Ma chair pleine de désaccord,

       Née dans la douleur en augure

       Pour la souffrance et la luxure,

       Aveugle dans ce monde éteint

       Et sourde à ton règne lointain.

Oui ! Vois ce que je suis ! Ton oeuvre.

Créé pour te servir, sans preuve

Tangible de t'appartenir,

Laissé libre de te haïr

Quand ma vie se perd en silence

Et me laisse sans espérance.

       Ô Dieu ! Je tremble à chaque pas,

       Quand pour la mort je sers d'appât,

       Vivre n'a de sens que pour l'âme

       Pourtant silencieuse et sans flamme.

       Moi j'ai fait du doute un rempart

       Et de la peur un étendard.

L'épée de ta justice pèse.

Enfant j'ai marché sur des braises,

Soumis à tes commandements

Par un monde sans jugement

Qui sacrifie mon innocence

Pour accomplir tes exigences.

       Père ! Si ce titre est le tien

       Montre-toi car je t'appartiens !

       Souffre que je voie ton visage

       Pour transfigurer ton ouvrage.

       Libère-moi de l'oppression

       Et accueille-moi en Sion.