Le temps file et défile et moi j'erre immobile,

Les années sans mobiles inclinent et se faufilent

Aux accords des saisons invisible en amont

Se dessine un démon aux lointains horizons.

Et ma chair s'éparpille aux jours qui m'habillent

Quand l'âge en escarbille envoie une estampille

Dans mon corps mutilé de passages pilés.

Mes printemps empilés se laissent distiller

A l'ombre des campagnes où mes vieux os témoignent

D'une vie qui s'éloigne au sort qui m'accompagne.

Je reste vigilant, debout et chancelant,

Face à l'ensorcelant pèlerin, oscillant

Entre néant et rêve où le souvenir d'Eve

A mon secours enlève au destin une trêve.

J'attends alors sans peur, d'un souffle la primeur,

Au-delà des rumeurs, un monde de stupeur.

J'ai vécu en silence, une vie d'apparence

Oubliant l'espérance en signe d'insolence.

J'ai livré autrefois ce souffle maladroit

Aux doutes qui foudroient un devenir sans foi.

A présent j'abandonne et la terre moissonne,

Ce corps perdu frissonne et mon âme fredonne.

Cet air familier s'attarde au sablier

Quand un monde oublié s'achève rallié.