Je suis là ! Debout ! face au miroir

Où se reflète mon désespoir.

Je me pensais femme reconnue

Je ne suis qu'une fille inconnue,

Sans rondeur, sans forme, sans attrait,

Enfermée dans un mouroir secret,

Abrittée sous un amas d'étoffes;

J'échappe et je capte en catastrophe,

Le regard satisfait et honteux

De cette silhouette entre-deux...

De ce corps si pesant qui m'angoisse

Et si fragile qu'il m'embarrasse.

Mes rêves s'évanouissent au loin,

Seule la tourmente m'est témoin,

Mille pensées m'empêchent de vivre

liée par un démon qui m'enivre.

Ô Dieu ! Si tu m'entends, aide-moi !

Je n'en peux plus de souffrir mon poids

Je vais si mal, ils ont tant de peines,

Je m'en veux de n'être tragédienne

Pour que ma folie ne soit qu'un jeu

Et cesse leurs regards soupçonneux.

J'aimerais tant me sentir légère,

Insouciante, ouverte, ordinaire...

J'ai faim d'espace et d'évasion,

De liberté sans condition,

D'instants éphémères sans nuages

Comme toutes celles de mon âge.

La vie ne l'a pas voulu ainsi,

Le destin s'acharne sans merci

Et choisit sans raison quelques êtres

Qu'il sacrifie sur ce monde en fête.

A quoi bon me répéter cent fois,

Pourquoi moi ? Pourquoi moi ? Pourquoi moi ?

Aujourd'hui devant ce corps si pâle,

J'entends ces tortures cérébrales

Hanter jours et nuits mon quotidien.

J'en ai marre de cet entretien,

Il est temps de faire connaissance

De cette autre Besse sous silence

Et, peut-être qu'un jour entre nous

L'amitié surgira sans joug

Et j'y trouverai là, l'origine

Et la fin de tous mes maux intimes,

Et quitterai la perfection

Pour sauver l'imparfaite union.

Tant de volonté, tant de promesses

Qui disparaissent dans ma faiblesse,

Je me retrouve face au miroir

Dans cette chambre commise en parloir

Où tout s'oublie et tout recommence...